Être en relation

Je rappelle mon garage qui m’avait laissé un message incompréhensible. La standardiste comprend qui je cherche et me laisse en me disant de sa voix doucereuse : « Je vous mets en relation. » Qu’importe pour elle, apparemment, qu’il y ait ensuite quelqu’un au bout du fil ou pas ; son travail, c’est de mettre en relation. Ensuite, le dialogue s’installe ou pas, mais ce n’est plus son affaire.

Charles Aznavour, dans sa chanson Mes emmerdes évoquait ses relations, « très haut placées ». C’était joliment dit. Aujourd’hui, on dit « actionner ses réseaux ». On est passé de la voie unique aux ronds-points en enfilade. On sait que n’importe qui peut joindre le pape ou Obama en moins de 9 relais.

Dans son dernier numéro, l’hebdomadaire Pèlerin rencontre Fabien Revol, le responsable de la nouvelle chaire universitaire Jean Bastaire consacrée à l’écologie chrétienne, la première en France ; un projet soutenu par le Centre Interdisciplinaire d’Éthique et la faculté de théologie de l’Université Catholique de Lyon que j’ai fréquentée un temps. Des gens sérieux ! L’écologie est un monde de relations entre les espèces, entre les espèces et leur milieu naturel, et avec l’homme. Dans la religion chrétienne, Dieu est un être de relation qui s’appelle Trinité, chacune des trois personnes étant définie par sa relation aux autres. La révélation (la Bible pour les Juifs, Jésus pour les chrétiens) apparaît comme la relation entre Dieu et l’homme ; la création, comme la relation entre Dieu et le monde ; et la rédemption comme la relation entre l’homme et le monde. L’essentiel, pour l’écologie comme pour la religion, c’est la vie de ces relations. La permaculture le confirme : cette agriculture biologique joue avec les relations entre les espèces et le terrain pour favoriser les rendements, qui sont abondants, avec une énergie minimum.

Début septembre, j’ai rencontré Thomas dont j’ai déjà parlé dans ce blog. Convaincu de la validité économique des circuits courts et donc de la production locale, il fabrique et vend des chaussures, des jeans et maintenant des pulls, 100 % français. Sa marque, 1083, est le kilométrage à vol d’oiseau séparant Menton de Porspoder en Bretagne, distance maximum que parcourt ses jeans et leurs composants, du champ de coton à l’acheteur, comparée aux 65000 km d’un jean classique. Il avait fait le pari, il y a un an, de suivre cette diagonale en vélo s’il obtenait 1083 précommandes sur Ulule, son site de crowfunding. Il en a obtenu plus de 5 000 en quelques mois. En juillet dernier, accompagné de son épouse, il a respecté son pari (plus de 1600 km, 17 étapes en deux semaines) basant la communication autour de cet événement sur le thème : « à la rencontre des relocaliseurs », comprenez : ses clients, fournisseurs, et sous-traitants. À les lire, (www.1083.fr/tour), leur exploit sportif indéniable est insignifiant en regard du supplément d’âme dégagé par leurs rencontres dans ces relations revigorées. J’en reparlerai tellement cela me semble important !

Dans notre liberté et avec notre capacité à aimer, nous sommes à la fois acteurs et responsables de nos relations. En prendre soin dans leur diversité, donne un sens à nos existences et apporte un début de réponse à nos questions existentielles.

Daniel DUBOIS

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Tous droits réservés © Daniel Dubois – Décines, 2014

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