À la sainte Lucie, les jours croissent d’un saut de puce

J’apprécie ce vieux dicton. Et pourtant, ce n’est pas si simple. Comme l’espérance qu’il évoque.

Tout le monde sait que la longueur du jour (opposé à la nuit) augmente après le solstice d’hiver qui tombe suivant les années le 21 ou 22 décembre. Or le 23 décembre était le jour de la sainte Lucie avant la réforme du calendrier grégorien qui est le nôtre depuis 1582. Donc, ce que je prends pour une espérance ne serait que le résultat d’une anomalie persistante dans notre affirmation du temps qui passe et de ses repères.

Et pourtant, à partir de la sainte Lucie (la lumière), le soleil qui depuis le solstice d’automne se levait de plus en plus tard, recommence à se lever plus tôt. Mais il continue cependant à se coucher toujours plus tôt de telle sorte que la longueur du jour continue à diminuer ; on en gagne un peu le matin, on continue d’en perdre, et davantage, le soir. Jusqu’au solstice d’hiver. À partir de cette date, le soleil continue de se lever de plus en plus tôt, tout en continuant à se coucher de plus en plus tôt aussi. Mais on en gagne plus le soir que le matin, alors, la longueur des jours augmente. Et puis en janvier, le soleil recommencera à se coucher de plus en plus tard.

Lucie nous rappelle que notre rapport au temps est complexe. Les lycéens en terminale apprennent en philosophie qu’il existe plusieurs temps. Pour faire simple : le temps ressenti, le temps vécu par notre corps (celui associé à toute vie matérielle), et par extension, le temps (s’il existe) attaché à l’univers et à ses mouvements, le temps des anges peut-être… Qui dit temps, dit aussi repères pour le compter et repères pour s’y installer. Comme l’espace, sans lequel nous ne serions pas grand-chose !

Il est fort probable que c’est notre capacité à imaginer l’infini, qui nous permet d’imaginer l’immortalité, c’est à dire un temps – mais est-ce bien le mot ? – après la mort. Et pour être précis, non pas « la » mais « ma » mort. Ce qui me permet de parler de notre mort à tous. Mais là, panique : je dispose pour caler mon temps (celui qui court pendant que je suis vivant avec mon corps, ses sens et son esprit) de repères, même complexes. Que deviennent ces repères à ma mort ?

Cette seule interrogation me suffit pour considérer les repères de mon temps (et ceux de mon espace) comme accessoires, en regard de ce à quoi ils s’appliquent : ma vie et sa puissance d’imagination, d’amour, d’infini. Nous sommes tous d’accord pour reconnaître que nos manières vivre aujourd’hui, se moquent du temps et de l’espace. Internet abolit les distances et le temps. Nous sommes dans l’immédiateté. Comme si tous nos repères spatio-temporels ne pouvaient plus nous brider. En cela, ils se révèlent futiles. Et c’est appréciable.

Mais sous deux conditions que je m’autorise à rappeler simplement : nous restons des êtres limités, physiquement et dans la durée. Et dans ces limites, il nous faut préserver l’espérance ; c’est elle qui nous distingue des animaux ; car c’est elle nous disait Péguy, qui conduit l’amour par la main.

Bonne route dans la lumière !

Daniel DUBOIS

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Tous droits réservés © Daniel Dubois – Décines, 2014

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