Juste à temps !

L’attitude en face du sacré est un mélange d’attirance et de crainte. L’adoration, qui littéralement signifie poser ‘ses lèvres sur’ comme dans le baiser amoureux, est cette attirance poussée à l’extrême. La crainte, quant à elle, est sans aucun doute à l’origine de la magie et de nos sentiments de culpabilité, aussi variés que tordus.

Je repensais à cette attitude en recevant, à la fin du mois de janvier, plusieurs souhaits de bonne année avec cette mention « juste à temps ». Les conventions nous disent, en effet, que nous avons jusqu’à fin janvier pour envoyer nos vœux pour la nouvelle année. Mais qu’est-ce qui nous pousse à préciser « juste à temps » dans ces envois un peu tardifs ?

Je reconnais, d’abord, la fidélité de mes correspondants. Ils profitent d’un rituel pour garder contact. J’apprécie. Nous qui avons jadis fait souche dans le Puy de Dôme, puis en Haute-Savoie, avec des passages de quelques années dans le midi et sur Lyon à plusieurs reprises, nous sommes heureux d’avoir un signe de nos anciennes relations de voisinage. Malheureusement, il ne s’agit que d’un signe, car les nouvelles, au fil des ans, sont de plus en plus générales, de moins en moins personnelles. Question de pudeur, très certainement. Pourtant, dans nos anciennes proximités, les confidences n’étaient pas rares. Mais, « Loin des yeux, loin du cœur ! »

Dans cette fidélité qu’ils respectent, nos correspondants affirment aussi, avec « juste à temps », l’influence du rituel sur leur démarche. Comme s’ils voulaient dire : « Ce rituel nous plaît car sans lui, notre lien serait rompu ». Écoutez tous ces responsables de communautés, de ces hommes ou de ces femmes qui ont choisi de vivre ensemble 24 heures sur 24 : les rituels nous sauvent de la monotonie, ils prennent le relais quand nos enthousiasmes usés ne nous réveillent plus !

Il n’est pas anodin, si dans le domaine religieux, domaine par excellence de l’expression du sacré, les rituels ont tant d’importance. Et il n’est pas surprenant non plus que les grands prophètes ou les mystiques aient cherché à nous affranchir de ces carcans. Voilà sans doute pourquoi cette expression « juste à temps » me renvoie au sacré : le rituel est reconnu, mais border line. Attirance et crainte.

Je souhaite à mes honorables correspondants, comme à moi-même, de dépasser nos rituels en tous genres. En retrouvant ce à quoi ils nous invitent, que nous puissions mettre un peu de pétulance dans ce qu’ils signifient : partager avec les détails concrets de nos existences, ce qui nous anime et nous pousse à avancer dans la Vie : nos peines, nos joies, nos souffrances, nos plaisirs, nos peurs, nos espoirs…

Peut-être alors, serons-nous reconnectés, grâce à ces échanges, à la source de nos enthousiasmes.

À notre joie, partagée !

Daniel DUBOIS  facebook  twitter

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